Tournée du 23 au 29 octobre 2005

Lauzerte (Le puits du jour) / Toulouse (Faifield) / Thiers (La gratte à deux pattes) / Rodez ( La guinguette Lautrec) / Montpellier (L'Antirouille)

 

Cher journal, aujourd'hui j'embarque en compagnie de six compagnons qui parlent fort et que je ne connais pas. Il y a même une fille, qui s'appelle Isabelle et qui est très gentille. Pendant une semaine tous ensemble nous allons faire du rockandrolle très bruyant "destiné à l'édification des masses" (c'est Cédric qui dit ça, il est gentil aussi mais il me fait un peu peur). En fait on va dormir ensemble et manger ensemble et beaucoup s'amuser mais on ne fera pas vraiment de la musique ensemble parce qu'il y a deux groupes et qui ne jouent pas en même temps mais l'un après l'autre sauf le batteur qui joue tout le temps et tout ça est un peu compliqué.
Je te raconterai tout cher journal (Tom)

QUELQUES CHIFFRES UTILES (par Tom)
nombre de rockers : sept
de gars : six
de filles : une
voitures : deux
chanteurs : trois
chanteurs sans permis de conduire : deux
guitaristes : deux
guiitares : soixante-douze
bassistes flegmatiques : deux
batteurs : un
poids total : non communiqué
petites amies /épouses laissées à la maison : trois
épouses embarquées : une
ronfleurs : une
chats abandonnés : un
sportifs : un
blonds : un
chauves : un
tatoués : trois
véritables musiciens capables de jouer du Bach d'une main à la guitare classique : un
jeunes : un

QUAND ILS SONT EN TOURNEE :
QUE MANGENT-ILS ? (Par Tom)
CEDRIC : du goulasch, de la salsepareille, tout ce qui porte un nom rigolo
ERIC : tout ce qui est garniture.
ISA : des pommes de terre, du couscous, des haricots blancs, de la choucroute ; pour sa voix.
TOM : du café.
VINCENT : ne mange pas. Puis s'évanouit
XAVIER : un peu de salade, un petit pois
(il a un défilé la semaine prochaine)
YANN : est au téléphone et n'a pas le temps de manger.

QUE BOIVENT-ILS (Par Tom):
CEDRIC : de la bière
ERIC : de la bière
ISA : de la bière
TOM : du café
VINCENT : ne se souvient pas
XAVIER : un quart Vittel . Oh et puis non, une bière.
YANN : rien, merci.

23 OCTOBRE

DIMANCHE, Lauzerte

On a tous dormi à Carry la veille. Départ à 10 h pour Lauzerte et voyage sans histoire. Peu de monde sur la route, des nuages. Lauzerte est un peu après nulle part, jolie place médiévale, et le Puits Du Jour est une belle salle voûtée - Mathieu, le patron, l'organisateur du concert, fait ça depuis huit ans - il m'explique que "vendre de la limonade" ne l'intéresse pas, c'est la musique avant tout ; il est sincère. C'est un bon concert d'échauffement, baptême du feu pour Xavier, calme, et pour Vincent, le titan de ce soir - puissant et ravi de bûcheronner pour Lo et Elektrolux. Une trentaine de personnes, des jeunes qui sont comme partout ailleurs, attentifs à la musique, réagissent bien. Isa peine à trouver ses marques puis se lance. De la fumée sur la scène ; Mathieu, derrière la console : "C'est quoi cette fumée ?" Cédric : "Quoi ? C'est pas des fumigènes ?" Non, c'est la poussière que nos bonds soulèvent. Lo s'en tire bien, joue très vite. Elektrolux est impérial ce soir Je fais les lumières et je me régale. Eric casse une corde à sa basse. Il vanne Xavier, qu'il trouve très précis mais trop tranquille. Après le concert, on écoute l'excellente musique qui passe - la meilleure playlist que j'aie jamais entendue dans un bar, un paradis pour rockers et un exemple pour les grandes villes, pour les radios... Des Stooges à System Of a Down à Elvis à Motörhead... Agréable soirée, qui nous gonfle à bloc,inquiets qu'on était tant qu'on n'avait opas encore joué ; on sent tout le monde de bonne humeur, prêt à poursuivre. On remballe et c'est encore une heure et demie de route jusqu'à Toulouse où nos camarades du groupe WOK (Patrick, Isabelle) nous hébergent gentiment. On arrive chez eux après minuit, vannés, prêts à dormir - et on trouve Patrick, Jean et Bud (batteur) autour d'un whisky - alors on s'y remet. WOK passe son excellent disque qu'ils viennent de finir d'enregistrer à Genève - rock sensuel, lourd impeccable. Vincent est lessivé. Eric embouche encore deux ou trois verres. Xavier me parle de Londres. On finit par aller dormir. (Par Tom)

 

QUELQUES CHIFFRES UTILES II (par Cédric)
-Le matin, la voix de Yann chute de deux octaves.
-Au réveil, Isa a le corps tout ramassé devant la tasse de café. Elle possède néanmopins ses quatre membres.
- Tom se tripote 247 fois les sourcils dans une journée.
- Vincent mange plusieurs fois par jour, boit beaucoup plein de Coca et s'évanouit au moins une fois.
-Xavier n'est entouré d'aucun cerveau pendant cette semaine.
- Eric boit plusieurs verres d'alcool avant, pendant et après le set. Après, il dort beaucoup en faisant des petits bruits de poulpe avec sa bouche.
- Cédric a oublié des dizaines de trucs importants à faitre, une douzaine de trucs pas très importants ; il a oublié de fermer sa gueule à 28 reprises.

PHRASES DU JOUR (lundi):
-Mon oncle est un maniaque du crabe. (Yann)
-J'hésite : je me rase ou pas ? (Eric)
-Ma tante est une obsédée du lièvre (Yann)
-J'hésite : je mets mon t-shirt rose ou le fuschia ?(Eric)
- Mon cousin ne mange que des gaufres.(Yann)
-Non, je crois que ce sera le rouge...(Eric)

23 OCTOBRE BIS (par Cédric)

Donc lever à Carry dans un ordre anarchique, les yeux en trous de bite, une bonne haleine de poney pour les plus heureux (pour les autres c'était plutôt le Chemin des Dames et les Tranchées)un p'tit déj' pépère avec vue sur la mer. Temps de merde qu'on va se coltiner sur un paquet de bornes. D'entrée, Xavier nous assène un quatre-quarts à la diététique toute relative. En fait c'est bon, mais la quantité d'huile contenue et la sensation d'une densité proche de l'antimatière nous font durement éprouver les réalités de la physique newtonienne.
Bon.
Après nous prenons la route direction Lauzerte (me demandez pas où c'est, c'est pas évident à expliquer)... Dans les caisses on dort, on bouquine, on cause pas trop. Les moins éprouvés par la digestion du quatre-quarts annônnent quelques voyelles. Yann aimerait bien crier : Optic 2000 !! mais il est franchement trop naze. Vincent, comme un jeune chien fou, excité par la tournée, passe le trajet avec la tête par la fenêtre de la voiture, langue pendante, queue frétillante. Eric est avec Isa. Nous n'avons aucune donnée concernant leur périple.
A midi on a bouffé dans une cafétéria tenue probablement par des Amish (la déco...) Manger cette nourriture était une souffrance Torquemadesque, alors on s'est pas éternisés. (Je pense que Yann était déçu de ne pas avoir trouvé ses gaufrettes au praliné, même s'il n'en a rien dit...)

Et ces salopards ont refusé de nous rendre le couteau rouge que Cédric avait laissé en 1973 (ajout de Xavier, authentique).


LUNDI, Toulouse

Avant de résumer le concert de Toulouse, quelques remarques prises sur le vif en rentrant :
Dans un bel ensemble, Elektrolux déclare qu'à chaque fois que Yann fait un solo, il montre son cul au public.
Une jeune groupie déclare à Eric qu'il est le meilleur bassiste du monde. Il ne se prive pas de le faire savoir à tous.
Cédric, ce soir, porte un T-shirt Slayer.
(suite à cette dernière information, la présente page sera scellée, enfermée dans un coffre doublé de plomb jeté dans l'océan).
la phrase du jour de Xavier (énervé) : Putain ! S'il y avait un caillou, je shooterais dedans.

INSCRIPTION EN FAUX VIS-A-VIS DES ASSERTIONS CI-DESSUS :
1. Chaque fois que Yann montre son cul, il fait un solo au public.
2. Une jeune groupie a déclaré à Eric qu'il était le meilleur bassiste du monde connu, mais que ce serait cool s'il n'était pas habillé comme Donald.
3. Cédric, ce soir, porte un costume Pierre Cardin.
4. La phrase du jour de Xavier :
"Putain ! S'il y avait un cerveau, je shooterais dedans."

DERNIERE MINUTE :
Elan intime ; Eric avoue qu'il a bel et bien été fan de Led zeppelin.
Yann avoue qu'il a été fan des Smiths. Après ça, tout le monde va se coucher.
(ajout de Cédric) : Cédric n'a jamais écouté Slayer.


Est-ce qu'on revient sur le concert du Fairfield ? Le Fairfield Café, Toulouse. Le patron (sosie français d'Harvey Keitel que Cédric appelle donc, bien sûr, Hervé Teckel), vendeur de bière ni-bonjour-ni-merde, est là pour encaisser sa part sur les consommations ; mais nos camarades de WOK sont là, avec des amis et les amis de leurs amis. La scène est dans un coin et nous sommes tous bloqués : Vincent derrière ses fûts, nous par terre sur le parquet de bois, les Clash sur l'écran géant (impression bizarre, des punks sur un écran géant). Dans le cadre de notre tournée autogérée, nous nous occupons même des entrées ce soir. Lo assure les entrées alors qu'Elektrolux joue et vice-versa. Trente à quarante personnes devant, au fond je ne vois pas, Isabelle de WOK trépigne, Patrick est aux manettes... Lo démarre, concert plus énergique qu'hier à mon humble avis. La (Cédric a barré et remplacé ce mot par : Cette) pédale de Yann crachote, Isa est partout, Vincent impressionne. Une gamine m'aborde pendant le set d'Elektrolux et me chante les louanges du batteur... Elle est un peu cinglée mais elle a raison.... mystérieusement, sans doute à cause du téléphone arabe dit "téléphone de marseille", ce message sera devenu "Eric est le meilleur bassiste du monde" à la fin de la soirée...
Le concert de Lo subit un blanc brutal. Vincent a cassé la pédale du charley. Confusion. J'ai du mal à reprendre sur "Nobody Home" ; Yann vient à la rescousse. ça finit bien. Après cet obstacle il me semble que l'énergie monte -"Again" fonctionne. C'est bien la première fois pour moi, Vincent n'y est pas pour rien avec son enthousiasme
( juvénile, l'enthousiasme est toujours juvénile, c'est bien connu) et ses "un deux trois quatre" frénétiques. Puis le tempo augmente chaque soir.
Elektrolux peine à susciter plus qu'une attention polie jusqu'à "Laundromat" puis ça se débride, ça se déchaîne, Eric allume les rétrofusées, Cédric éructe en russe, boum badaboum, merci, "nous sommes le dernier groupe de l'ère soviétique".
No Mercy. Ils finissent sous les acclamations.
Après le concert, Cedric retrouve un ami, Charles, et Eric aussi retrouve un Jeff qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Ils échangent des histoires sur l'âge d'or et la faune de Marseille. Depuis les années 80, beaucoup sont morts...
Les gens de WOK ont l'air contents. Une fille achète des badges et me raconte qu'elle nous fera de la pub à Madrid. On remballe.

MARDI, Thiers

Cette partie du journal ayant été mal interprétée par les protagonistes, nous leurs présentons nos excuses et saluons, comme pour toute association défendant tout projet culturel, leur travail.

 

27 octobre
Un inquiétude me saisit : pas de mort-vivant à l'horizon...

DAY OFF

MERCREDI, Off

Ce sera le mercredi. On visite Clermont-Ferrand, qui est de l'avis général, une ville absolument grise, morne et triste. Eric est atterré : il regrette les bars de Marseille.
C'est une journée qui compte pour du beurre. Le soir, un cousin de Yann nous accueille dans sa grande maison toute neuve - d'un jour à l'autre, on peuple des lieux vraiment très très différents. Là c'est cosy, deux fillettes nous lorgnent avec terreur, on boit l'apéritif. Cédric nous raconte ses histoires de guerre. Quand il était plus jeune il travaillait dans un bar craignos et devait jouer tous les soirs. Sûr c'est une bonne école. C'est pour ça que l'animal est toujours cool, comme hier soir chez les fous ruraux.
Isa est un peu fatiguée. Elle perd sa voix jusqu'à vendredi soir, malgré les drogues douteuses que lui propose Cédric. Stressée comme un chat collé au plafond, mais elle assure - sauf jeudi soir où elle chante comme un vieux sac de clous rouillés que j'ai bien connu. Direction intéressante pour la musique de Lo, cela dit.

 

Pendant le repas chez le cousin de Yann, nous découvrons un objet extraordinaire, un truc qui ressemble au sabre laser dans STAR WARS et qui s'allume quand on poivre ses spaghettis. Tellement de pâtes, d'ailleurs, que Vincent remarque qu'on pourrait tricoter un chandail avec, avant de s'évanouir.
On dresse le camp pour la nuit dans l'ex-appart' du cousin, au dessus de son cabinet dentaire. Appartement bourgeois, presque vide donc, des moulages de mâchoires dans des bocaux - je me sens ici chez moi, comme dans un bon film de Romero. Moquette : je dors dessus et Yann et Isa aussi - les autres profitent des matelas - franchement j'en connais qui s'entretuent pour moins que ça mais franchement nous sommes cool. Au matin je suis toujours cool mais franchement j'ai un peu mal au dos. On petit-déjeune avec le café et les guitares, dans le salon. Il fait soleil. Cédric, Xavier et moi on chante une version approximative de walk on the wild side. Moment clair, agréable.

 


JEUDI, Rodez

JEUDI la troupe migre vers, heu...
Rodez ! C'est ça, merci.
Alors la Guinguette c'est un joli pub à l'écart de la ville - vraiment chouette. Les gars sont là pour servir des bières mais pas pour faire le son aux balances - le principal responsable a eu un accident. Comme quoi c'est pour nous l'Ecole du Rock, la Underground Academy. Yann, Isa, Cédric, Eric s'occupent du son, de tout brancher, de mixer etc. Un type nous apporte des retours mais Eric s'en va acheter des câbles - ça dure TOUTE l'après-midi. Les balances les plus longues de l'histoire du rock ! Mais ça fonctionne au final.
Il y a du peuple - la plupart sont là pour manger et pas pour le concert. On mange nous-mêmes très bien -le Sud-Ouest, c'est là qu'on bouffe le mieux quand même (point de vue totalement subjectif).
C'est le dernier concert avec VINCENT. et saperlipopette, il donne tout ce garçon. Il menace Lo d'accélérer encore le tempo sur "Again", ça nous semble impossible mais... voilà, bon concert, deux-trois jeunes filles dansent devant ; elles ont entre treize et quatre-vingt dix ans (foutue myopie!) Yann s'amuse un peu plus chaque soir avec son instrument -sa guitare, je veux dire. Puis je vois un bon concert d'Elektrolux mais ils sont de dos parce que je suis accroupi au fond à côté de la caisse claire qui parfois se met à déconner alors il faut tendre le bras et enclencher le truc du bitonio pour que le machin retrouve un son normal - et ce, sans gêner le jeu apocalyptique du Dude. Je prends un coup de baguette sur le crâne, ce qui semble normal pour un Tom (arf ! arf!) et Vincent, lui, reçoit un bon coup de basse sur la tête. Bilan : quelques blessés, pas de morts, même vivants. Bonne soirée. Je ne vois pas le reste car suis dehors avec Xavier qui me raconte ses voyages et sa white man guilt dans ceratins coins paumés de pays sauvages comme le Mexique ou Thiers.

 


Les gars de la guinguette, sympas, ont réservé trois chambres au Formule 1 du coin. Ce sera le seul soir d'hôtel pendant cette tournée. En première classe. Les Formule 1 ont une première classe ! La douche est dedans, grande à peu près comme un cercueil. On s'endort tous les trois (Eric, Vincent et votre serviteur) avec un bouquin et je fais remarquer qu'en fait de rockers, on dirait une tournée de Radiohead! Un dernier petit bol d'air froid sur le balcon et nuit réparatrice. Au matin, Cédric nous réveille et déclare : "putain, les gars, c'est Timisoara dans votre piaule !" Peut-être, mais Vincent asperge une eau de toilette style "Johnny Hallyday" par-dessus la puanteur.


VENDREDI, Montauban

La Communauté de l'Anneau se sépare -on emmène Vincent à la gare. Un dernier verre au troquet, pas d'adieux sur les quais, le bûcheron a l'air vanné et un peu triste. Il nous remercie - ce qui est dingue parce que c'est à lui qu'on doit plus d'un merci, je veux dire, ce type a remplacé DEUX batteurs, appris le répertoire de DEUX groupes en moins d'un mois, et l'a joué avec puissance, enthousiasme... Dude, où que tu sois, si tu nous entends, on ne t'oubliera jamais ! Ce qui est moins plaisant, c'est que le soir même on apprendra qu'après le concert des NITWITS (son vrai groupe!) il est rentré chez lui et s'est évanoui -cette fois pour de bon. On a l'air fin avec nos blagues ! La veille il expliquait à Cédric qu'il "n'aimait pas manger", que pour lui aucune nourriture n'a de goût. C'est sans doute pour ça qu'il aime les pâtes.
Donc on donne l'accolade à notre ami et puis, Xav, Cédric, Eric et votre serviteur visitons la bonne ville de Toulouse. Enfin, visitons... Que font les gars d'ELEKTROLUX à Toulouse, me direz-vous ? La même chose qu'à Marseille, à Paris, à Dayton, Ohio, à Singapouire ou à Vladivoustouk : ils reniflent l'air, aboient, puis se mettent en chasse et atterrissent immanquablement chez un DISQUAIRE ! Pas la FNAC, entendons-nous bien, malheureux ! Païens ! Celui de Toulouse est un petit boui-boui bien connu des amateurs de v'nyle et de gramophones à piston. Mais je suis bien puni de ce discours malveillant et malsonnant que je marmonne tout au long de notre course dans la rue marchande - si les gars cherchent un disquaire, cette fois, c'est pour offrir à Yann deux disques, cadeau pour celui qui a tant fait et tant organisé. "Qu'est-ce qu'il aime à ton avis ?" "Faut lui faire connaître un bon classique !" C'est touchant, voyez comme ils sont chics ces gars-là ? J'en pleurerais, tiens. Finalement, ils choisissent le MC5 et les Buzzcocks. Ma proposition Nick Drake est rejetée par le conseil de sécurité.
On déjeune dans une cafétéria asiatique.
Entre deux bouchées de nem, Cédric nous apprend qu'un de nos amis aime bien (censuré) avec (censuré) et (censuré) à plusieurs, mais on ne saura pas qui c'est peut-être (censuré).

Et nous voilà au point de regroupement B, devant "Le Son", Montauban. C'est si petit et si encombré que je me demande vraiment où on va jouer. Mais les types du Son débarrassent un peu dans un coin - accueillants, petite asso qui roule comme elle peut. Et puis
NOS BATTEURS ARRIVENT !
Manu, dit "le Lutin Rouge" plus disert et militant que jamais, avec Christelle qui est la jolie petite amie d'Eric. Notre Eric, Eric D., débarque à son tour, fatigué mais toujours super-gentleman. De l'avis général, ce soir, on "retrouve nos pantoufles" - les groupes dans leur formation habituelle.
Pas de zombies ce soir, sauf une fille juste devant la scène, plus qu'un peu défoncée. Pour la éniéme fois, on nous demande "Mais vous êtes vraiment de Marseille ? Vous avez pas l'accent !" C'est vrai qu'aucun de nous n'a l'accent, sauf Eric dont les fins de phrase chantent un peu. Elle insiste, la fille éberluée :"C'est pas vrai que vous êtes de Marseille !" On lui explique qu'en fait oui, nous sommes de Nogent-sur-Seine mais que Marseille ça fait mieux. Cédric parle en russe et là, elle n'y comprend plus rien. Sales culs-terreux !
Pour le report du concert, je laisse la parole à PHILIPPE MANOEUVRE :
"Clairement, il se passe un truc. Yann dépote des giclées de lave en fusion, scories incandescentes et électriques qui..."
Merci Philippe.

Le concert est pas mal - correct. Elektrolux est plus à l'aise, semble-t-il, dans un club comme ici, avec un son assez direct, assez cru. Lo a besoin de plus de trafic sur la grosse caisse, d'une salle moyenne (on verra demain). C'est drôle de retrouver la frappe précise d'Eric D, son assise plus lourde -pour Elektrolux, la batterie sonne autrement avec Manu, pas du tout le même jeu, beaucoup de charley, de roulements, de finesse.
Ah, et je crois que Xavier a bougé ce soir. Je ne le vois pas, il est dans mon dos mais il a dû faire un pas de côté ou quelque chose comme ça parce que tout le monde s'est mis à hurler.
On ne devait pas jouer fort-pas fort du tout ce qui me contrarie toujours énormément. Les flics sont venus la veille ; comme un peu partout dans les salles de France. Après les deux premières chansons, je demande s'ils sont arrivés. Toujours pas, alors on continue.
Le gars de l'association, celui qui est venu en vélo, me tend quelques billets après le gig. Je les prends sans trop marquer le coup, croyant qu'il s'agit des entrées normales - en fait, il nous offre une rallonge. Quel type bath ! J'aurais du lui dire merci, tiens.
Il y a un ami de Cédric à Montauban (Cédric a des amis partout dans le monde. Où que vous alliez, dites que vous venez de sa part.) Ce gars là, amateur de rock, éditeur, travaille dans un internat de lycée agricole et
C'EST LA QU'ON VA DORMIR CE SOIR !
Dans un internat.Dans des rangées de petits lits avec de jolies armoires.
Je dors à côté de Cédric. C'est assez marrant. Tous les soirs, je l'entends se mettre à ronfler parce que je m'endors toujours après lui - et tous les matins, il me dit qu'il m'a entendu ronfler parce qu'il se réveille avant.
Fin de soirée dans le foyer de l'internat. C'est surréaliste. Il y a un baby-foot au milieu de cette grande salle immaculée et déserte, et quatre rockers s'escriment sur ce baby-foot. Xavier filme-il doit trouver que ce baby-foot est intéressant. Les filles sont assises le long du mur, comme pour une boum.

 

SAMEDI, Montpellier

29 octobre
(Manu prend la plume)
Un nouveau participant. A vrai dire :
ON NE DEVRAIT JAMAIS QUITTER MONTAUBAN

Un concert brutal qui fait un peu mal aux bras. La quantité de sueur, proportionnelle à l'effort, marque encore le matin le T-shirt noir porté hier soir. L'aube pointe et un jour nouveau commence. La jeunesse fuit. Reste la mémoire...la seule chose que l'on a vraiment avant de vieillir tout à fait. Les pensées sont confuses comme la tarce laissée par l'encre sur cette feuille. (NDLR : qu’est-ce qu'il a pris Manu ce matin ? J'en veux !)Dans quelques instants on part pour Montpellier : Yann est allé au Cyber-café avec Cédric. Ils cherchent un plan de la ville. Eric et Tom plaisantent sur les enfants et Tom dit qu'il adore faire pleurer les petits en leur racontant que le père Noël est mort.
Cédric nous rejoint : il explique qu'il s'est caressé le sexe en regardant des images prises par Internet. Anus juteux est le titre d'un des succès qu'il affectionne. Xavier st pénétré. Il a pris Le Monde à bras-le-corps.
Christelle sourit de toutes ses dents
. Isabelle me dit "dans 10 ans, moi, j'aurais s^purement tout oublié", puis elle rit fort en tenant son visage dans ses mains. Maintenant Christelle décide de se rouler une cigarette à Eric. "J'adore rouler les cigarettes" dit-elle. Isabelle rit de plus belle. Elle va beaucoup mieux après un café.
Yann n'est toujours pas revenu du Cybercafé. Pourquoi tarde-t-il ainsi ? A-t-il trouvé les mêmes sites que Cédric ? "Chicks with Dicks"?
Une interrogation assez profonde : qu'allons-nous manger à midi ?
Semble-t-il je n'ai rien compris au principe de ce journal.