Tournée
du 23 au 29 octobre 2005
Lauzerte
(Le puits du jour) / Toulouse (Faifield) / Thiers (La gratte
à deux pattes) / Rodez ( La guinguette Lautrec) / Montpellier
(L'Antirouille)
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Cher
journal, aujourd'hui j'embarque en compagnie de six compagnons qui
parlent fort et que je ne connais pas. Il y a même une fille,
qui s'appelle Isabelle et qui est très gentille. Pendant
une semaine tous ensemble nous allons faire du rockandrolle très
bruyant "destiné à l'édification des masses"
(c'est Cédric qui dit ça, il est gentil aussi mais
il me fait un peu peur). En fait on va dormir ensemble et manger
ensemble et beaucoup s'amuser mais on ne fera pas vraiment de la
musique ensemble parce qu'il y a deux groupes et qui ne jouent pas
en même temps mais l'un après l'autre sauf le batteur
qui joue tout le temps et tout ça est un peu compliqué.
Je te raconterai tout cher journal (Tom)
QUELQUES
CHIFFRES UTILES (par Tom)
nombre de rockers : sept
de gars : six
de filles : une
voitures : deux
chanteurs : trois
chanteurs sans permis de conduire : deux
guitaristes : deux
guiitares : soixante-douze
bassistes flegmatiques : deux
batteurs : un
poids total : non communiqué
petites amies /épouses laissées à la maison
: trois
épouses embarquées : une
ronfleurs : une
chats abandonnés : un
sportifs : un
blonds : un
chauves : un
tatoués : trois
véritables musiciens capables de jouer du Bach d'une main
à la guitare classique : un
jeunes : un
QUAND
ILS SONT EN TOURNEE :
QUE MANGENT-ILS ? (Par Tom)
CEDRIC : du goulasch, de la salsepareille, tout ce qui porte un
nom rigolo
ERIC : tout ce qui est garniture.
ISA : des pommes de terre, du couscous, des haricots blancs, de
la choucroute ; pour sa voix.
TOM : du café.
VINCENT : ne mange pas. Puis s'évanouit
XAVIER : un peu de salade, un petit pois
(il a un défilé la semaine prochaine)
YANN : est au téléphone et n'a pas le temps de manger.
QUE
BOIVENT-ILS (Par Tom):
CEDRIC : de la bière
ERIC : de la bière
ISA : de la bière
TOM : du café
VINCENT : ne se souvient pas
XAVIER : un quart Vittel . Oh et puis non, une bière.
YANN : rien, merci.
23
OCTOBRE
DIMANCHE,
Lauzerte
On
a tous dormi à Carry la veille. Départ à 10
h pour Lauzerte et voyage sans histoire. Peu de monde sur la route,
des nuages. Lauzerte est un peu après nulle part, jolie place
médiévale, et le Puits Du Jour est une belle salle
voûtée - Mathieu, le patron, l'organisateur du concert,
fait ça depuis huit ans - il m'explique que "vendre
de la limonade" ne l'intéresse pas, c'est la musique
avant tout ; il est sincère. C'est un bon concert d'échauffement,
baptême du feu pour Xavier, calme, et pour Vincent, le titan
de ce soir - puissant et ravi de bûcheronner pour Lo et Elektrolux.
Une trentaine de personnes, des jeunes qui sont comme partout ailleurs,
attentifs à la musique, réagissent bien. Isa peine
à trouver ses marques puis se lance. De la fumée sur
la scène ; Mathieu, derrière la console : "C'est
quoi cette fumée ?" Cédric : "Quoi ? C'est
pas des fumigènes ?" Non, c'est la poussière
que nos bonds soulèvent. Lo s'en tire bien, joue très
vite. Elektrolux est impérial ce soir Je fais les lumières
et je me régale. Eric casse une corde à sa basse.
Il vanne Xavier, qu'il trouve très précis mais trop
tranquille. Après le concert, on écoute l'excellente
musique qui passe - la meilleure playlist que j'aie jamais entendue
dans un bar, un paradis pour rockers et un exemple pour les grandes
villes, pour les radios... Des Stooges à System Of a Down
à Elvis à Motörhead... Agréable soirée,
qui nous gonfle à bloc,inquiets qu'on était tant qu'on
n'avait opas encore joué ; on sent tout le monde de bonne
humeur, prêt à poursuivre. On remballe et c'est encore
une heure et demie de route jusqu'à Toulouse où nos
camarades du groupe WOK (Patrick, Isabelle) nous hébergent
gentiment. On arrive chez eux après minuit, vannés,
prêts à dormir - et on trouve Patrick, Jean et Bud
(batteur) autour d'un whisky - alors on s'y remet. WOK passe son
excellent disque qu'ils viennent de finir d'enregistrer à
Genève - rock sensuel, lourd impeccable. Vincent est lessivé.
Eric embouche encore deux ou trois verres. Xavier me parle de Londres.
On finit par aller dormir. (Par Tom)

QUELQUES
CHIFFRES UTILES II (par Cédric)
-Le matin, la voix de Yann chute de deux octaves.
-Au réveil, Isa a le corps tout ramassé devant la
tasse de café. Elle possède néanmopins ses
quatre membres.
- Tom se tripote 247 fois les sourcils dans une journée.
- Vincent mange plusieurs fois par jour, boit beaucoup plein de
Coca et s'évanouit au moins une fois.
-Xavier n'est entouré d'aucun cerveau pendant cette semaine.
- Eric boit plusieurs verres d'alcool avant, pendant et après
le set. Après, il dort beaucoup en faisant des petits bruits
de poulpe avec sa bouche.
- Cédric a oublié des dizaines de trucs importants
à faitre, une douzaine de trucs pas très importants
; il a oublié de fermer sa gueule à 28 reprises.
PHRASES
DU JOUR (lundi):
-Mon oncle est un maniaque du crabe. (Yann)
-J'hésite : je me rase ou pas ? (Eric)
-Ma tante est une obsédée du lièvre (Yann)
-J'hésite : je mets mon t-shirt rose ou le fuschia ?(Eric)
- Mon cousin ne mange que des gaufres.(Yann)
-Non, je crois que ce sera le rouge...(Eric)
23
OCTOBRE BIS (par Cédric)
Donc
lever à Carry dans un ordre anarchique, les yeux en trous
de bite, une bonne haleine de poney pour les plus heureux (pour
les autres c'était plutôt le Chemin des Dames et les
Tranchées)un p'tit déj' pépère avec
vue sur la mer. Temps de merde qu'on va se coltiner sur un paquet
de bornes. D'entrée, Xavier nous assène un quatre-quarts
à la diététique toute relative. En fait c'est
bon, mais la quantité d'huile contenue et la sensation d'une
densité proche de l'antimatière nous font durement
éprouver les réalités de la physique newtonienne.
Bon.
Après nous prenons la route direction Lauzerte (me demandez
pas où c'est, c'est pas évident à expliquer)...
Dans les caisses on dort, on bouquine, on cause pas trop. Les moins
éprouvés par la digestion du quatre-quarts annônnent
quelques voyelles. Yann aimerait bien crier : Optic 2000 !! mais
il est franchement trop naze. Vincent, comme un jeune chien fou,
excité par la tournée, passe le trajet avec la tête
par la fenêtre de la voiture, langue pendante, queue frétillante.
Eric est avec Isa. Nous n'avons aucune donnée concernant
leur périple.
A midi on a bouffé dans une cafétéria tenue
probablement par des Amish (la déco...) Manger cette nourriture
était une souffrance Torquemadesque, alors on s'est pas éternisés.
(Je pense que Yann était déçu de ne pas avoir
trouvé ses gaufrettes au praliné, même s'il
n'en a rien dit...)
Et
ces salopards ont refusé de nous rendre le couteau rouge
que Cédric avait laissé en 1973 (ajout de Xavier,
authentique).

LUNDI, Toulouse
Avant
de résumer le concert de Toulouse, quelques remarques prises
sur le vif en rentrant :
Dans un bel ensemble, Elektrolux déclare qu'à chaque
fois que Yann fait un solo, il montre son cul au public.
Une jeune groupie déclare à Eric qu'il est le meilleur
bassiste du monde. Il ne se prive pas de le faire savoir à
tous.
Cédric, ce soir, porte un T-shirt Slayer.
(suite à cette dernière information, la présente
page sera scellée, enfermée dans un coffre doublé
de plomb jeté dans l'océan).
la phrase du jour de Xavier (énervé) : Putain ! S'il
y avait un caillou, je shooterais dedans.

INSCRIPTION
EN FAUX VIS-A-VIS DES ASSERTIONS CI-DESSUS :
1. Chaque fois que Yann montre son cul, il fait un solo au public.
2. Une jeune groupie a déclaré à Eric qu'il
était le meilleur bassiste du monde connu, mais que ce serait
cool s'il n'était pas habillé comme Donald.
3. Cédric, ce soir, porte un costume Pierre Cardin.
4. La phrase du jour de Xavier :
"Putain ! S'il y avait un cerveau, je shooterais dedans."
DERNIERE
MINUTE :
Elan intime ; Eric avoue qu'il a bel et bien été fan
de Led zeppelin.
Yann avoue qu'il a été fan des Smiths. Après
ça, tout le monde va se coucher.
(ajout de Cédric) : Cédric n'a jamais écouté
Slayer.

Est-ce qu'on revient sur le concert du Fairfield ? Le Fairfield
Café, Toulouse. Le patron (sosie français d'Harvey
Keitel que Cédric appelle donc, bien sûr, Hervé
Teckel), vendeur de bière ni-bonjour-ni-merde, est là
pour encaisser sa part sur les consommations ; mais nos camarades
de WOK sont là, avec des amis et les amis de leurs amis.
La scène est dans un coin et nous sommes tous bloqués
: Vincent derrière ses fûts, nous par terre sur le
parquet de bois, les Clash sur l'écran géant (impression
bizarre, des punks sur un écran géant). Dans le cadre
de notre tournée autogérée, nous nous occupons
même des entrées ce soir. Lo assure les entrées
alors qu'Elektrolux joue et vice-versa. Trente à quarante
personnes devant, au fond je ne vois pas, Isabelle de WOK trépigne,
Patrick est aux manettes... Lo démarre, concert plus énergique
qu'hier à mon humble avis. La (Cédric a barré
et remplacé ce mot par : Cette) pédale de Yann crachote,
Isa est partout, Vincent impressionne. Une gamine m'aborde pendant
le set d'Elektrolux et me chante les louanges du batteur... Elle
est un peu cinglée mais elle a raison.... mystérieusement,
sans doute à cause du téléphone arabe dit "téléphone
de marseille", ce message sera devenu "Eric est le meilleur
bassiste du monde" à la fin de la soirée...
Le concert de Lo subit un blanc brutal. Vincent a cassé la
pédale du charley. Confusion. J'ai du mal à reprendre
sur "Nobody Home" ; Yann vient à la rescousse.
ça finit bien. Après cet obstacle il me semble que
l'énergie monte -"Again" fonctionne. C'est bien
la première fois pour moi, Vincent n'y est pas pour rien
avec son enthousiasme
( juvénile, l'enthousiasme est toujours juvénile,
c'est bien connu) et ses "un deux trois quatre" frénétiques.
Puis le tempo augmente chaque soir.
Elektrolux peine à susciter plus qu'une attention polie jusqu'à
"Laundromat" puis ça se débride, ça
se déchaîne, Eric allume les rétrofusées,
Cédric éructe en russe, boum badaboum, merci, "nous
sommes le dernier groupe de l'ère soviétique".
No Mercy. Ils finissent sous les acclamations.
Après le concert, Cedric retrouve un ami, Charles, et Eric
aussi retrouve un Jeff qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Ils échangent
des histoires sur l'âge d'or et la faune de Marseille. Depuis
les années 80, beaucoup sont morts...
Les gens de WOK ont l'air contents. Une fille achète des
badges et me raconte qu'elle nous fera de la pub à Madrid.
On remballe.

MARDI,
Thiers
Cette
partie du journal ayant été mal interprétée
par les protagonistes, nous leurs présentons nos excuses
et saluons, comme pour toute association défendant tout projet
culturel, leur travail.

27
octobre
Un inquiétude me saisit : pas de mort-vivant à l'horizon...
DAY
OFF
MERCREDI,
Off
Ce
sera le mercredi. On visite Clermont-Ferrand, qui est de l'avis
général, une ville absolument grise, morne et triste.
Eric est atterré : il regrette les bars de Marseille.
C'est une journée qui compte pour du beurre. Le soir, un
cousin de Yann nous accueille dans sa grande maison toute neuve
- d'un jour à l'autre, on peuple des lieux vraiment très
très différents. Là c'est cosy, deux fillettes
nous lorgnent avec terreur, on boit l'apéritif. Cédric
nous raconte ses histoires de guerre. Quand il était plus
jeune il travaillait dans un bar craignos et devait jouer tous les
soirs. Sûr c'est une bonne école. C'est pour ça
que l'animal est toujours cool, comme hier soir chez les fous ruraux.
Isa est un peu fatiguée. Elle perd sa voix jusqu'à
vendredi soir, malgré les drogues douteuses que lui propose
Cédric. Stressée comme un chat collé au plafond,
mais elle assure - sauf jeudi soir où elle chante comme un
vieux sac de clous rouillés que j'ai bien connu. Direction
intéressante pour la musique de Lo, cela dit.

Pendant
le repas chez le cousin de Yann, nous découvrons un objet
extraordinaire, un truc qui ressemble au sabre laser dans STAR WARS
et qui s'allume quand on poivre ses spaghettis. Tellement de pâtes,
d'ailleurs, que Vincent remarque qu'on pourrait tricoter un chandail
avec, avant de s'évanouir.
On dresse le camp pour la nuit dans l'ex-appart' du cousin, au dessus
de son cabinet dentaire. Appartement bourgeois, presque vide donc,
des moulages de mâchoires dans des bocaux - je me sens ici
chez moi, comme dans un bon film de Romero. Moquette : je dors dessus
et Yann et Isa aussi - les autres profitent des matelas - franchement
j'en connais qui s'entretuent pour moins que ça mais franchement
nous sommes cool. Au matin je suis toujours cool mais franchement
j'ai un peu mal au dos. On petit-déjeune avec le café
et les guitares, dans le salon. Il fait soleil. Cédric, Xavier
et moi on chante une version approximative de walk on the wild side.
Moment clair, agréable.

JEUDI, Rodez
JEUDI
la troupe migre vers, heu...
Rodez ! C'est ça, merci.
Alors la Guinguette c'est un joli pub à l'écart de
la ville - vraiment chouette. Les gars sont là pour servir
des bières mais pas pour faire le son aux balances - le principal
responsable a eu un accident. Comme quoi c'est pour nous l'Ecole
du Rock, la Underground Academy. Yann, Isa, Cédric, Eric
s'occupent du son, de tout brancher, de mixer etc. Un type nous
apporte des retours mais Eric s'en va acheter des câbles -
ça dure TOUTE l'après-midi. Les balances les plus
longues de l'histoire du rock ! Mais ça fonctionne au final.
Il y a du peuple - la plupart sont là pour manger et pas
pour le concert. On mange nous-mêmes très bien -le
Sud-Ouest, c'est là qu'on bouffe le mieux quand même
(point de vue totalement subjectif).
C'est le dernier concert avec VINCENT. et saperlipopette, il donne
tout ce garçon. Il menace Lo d'accélérer encore
le tempo sur "Again", ça nous semble impossible
mais... voilà, bon concert, deux-trois jeunes filles dansent
devant ; elles ont entre treize et quatre-vingt dix ans (foutue
myopie!) Yann s'amuse un peu plus chaque soir avec son instrument
-sa guitare, je veux dire. Puis je vois un bon concert d'Elektrolux
mais ils sont de dos parce que je suis accroupi au fond à
côté de la caisse claire qui parfois se met à
déconner alors il faut tendre le bras et enclencher le truc
du bitonio pour que le machin retrouve un son normal - et ce, sans
gêner le jeu apocalyptique du Dude. Je prends un coup de baguette
sur le crâne, ce qui semble normal pour un Tom (arf ! arf!)
et Vincent, lui, reçoit un bon coup de basse sur la tête.
Bilan : quelques blessés, pas de morts, même vivants.
Bonne soirée. Je ne vois pas le reste car suis dehors avec
Xavier qui me raconte ses voyages et sa white man guilt dans ceratins
coins paumés de pays sauvages comme le Mexique ou Thiers.

Les gars de la guinguette, sympas, ont réservé trois
chambres au Formule 1 du coin. Ce sera le seul soir d'hôtel
pendant cette tournée. En première classe. Les Formule
1 ont une première classe ! La douche est dedans, grande
à peu près comme un cercueil. On s'endort tous les
trois (Eric, Vincent et votre serviteur) avec un bouquin et je fais
remarquer qu'en fait de rockers, on dirait une tournée de
Radiohead! Un dernier petit bol d'air froid sur le balcon et nuit
réparatrice. Au matin, Cédric nous réveille
et déclare : "putain, les gars, c'est Timisoara dans
votre piaule !" Peut-être, mais Vincent asperge une eau
de toilette style "Johnny Hallyday" par-dessus la puanteur.
VENDREDI, Montauban
La
Communauté de l'Anneau se sépare -on emmène
Vincent à la gare. Un dernier verre au troquet, pas d'adieux
sur les quais, le bûcheron a l'air vanné et un peu
triste. Il nous remercie - ce qui est dingue parce que c'est à
lui qu'on doit plus d'un merci, je veux dire, ce type a remplacé
DEUX batteurs, appris le répertoire de DEUX groupes en moins
d'un mois, et l'a joué avec puissance, enthousiasme... Dude,
où que tu sois, si tu nous entends, on ne t'oubliera jamais
! Ce qui est moins plaisant, c'est que le soir même on apprendra
qu'après le concert des NITWITS (son vrai groupe!) il est
rentré chez lui et s'est évanoui -cette fois pour
de bon. On a l'air fin avec nos blagues ! La veille il expliquait
à Cédric qu'il "n'aimait pas manger", que
pour lui aucune nourriture n'a de goût. C'est sans doute pour
ça qu'il aime les pâtes.
Donc on donne l'accolade à notre ami et puis, Xav, Cédric,
Eric et votre serviteur visitons la bonne ville de Toulouse. Enfin,
visitons... Que font les gars d'ELEKTROLUX à Toulouse, me
direz-vous ? La même chose qu'à Marseille, à
Paris, à Dayton, Ohio, à Singapouire ou à Vladivoustouk
: ils reniflent l'air, aboient, puis se mettent en chasse et atterrissent
immanquablement chez un DISQUAIRE ! Pas la FNAC, entendons-nous
bien, malheureux ! Païens ! Celui de Toulouse est un petit
boui-boui bien connu des amateurs de v'nyle et de gramophones à
piston. Mais je suis bien puni de ce discours malveillant et malsonnant
que je marmonne tout au long de notre course dans la rue marchande
- si les gars cherchent un disquaire, cette fois, c'est pour offrir
à Yann deux disques, cadeau pour celui qui a tant fait et
tant organisé. "Qu'est-ce qu'il aime à ton avis
?" "Faut lui faire connaître un bon classique !"
C'est touchant, voyez comme ils sont chics ces gars-là ?
J'en pleurerais, tiens. Finalement, ils choisissent le MC5 et les
Buzzcocks. Ma proposition Nick Drake est rejetée par le conseil
de sécurité.
On déjeune dans une cafétéria asiatique.
Entre deux bouchées de nem, Cédric nous apprend qu'un
de nos amis aime bien (censuré) avec (censuré) et
(censuré) à plusieurs, mais on ne saura pas qui c'est
peut-être (censuré).

Et
nous voilà au point de regroupement B, devant "Le Son",
Montauban. C'est si petit et si encombré que je me demande
vraiment où on va jouer. Mais les types du Son débarrassent
un peu dans un coin - accueillants, petite asso qui roule comme
elle peut. Et puis
NOS BATTEURS ARRIVENT !
Manu, dit "le Lutin Rouge" plus disert et militant que
jamais, avec Christelle qui est la jolie petite amie d'Eric. Notre
Eric, Eric D., débarque à son tour, fatigué
mais toujours super-gentleman. De l'avis général,
ce soir, on "retrouve nos pantoufles" - les groupes dans
leur formation habituelle.
Pas de zombies ce soir, sauf une fille juste devant la scène,
plus qu'un peu défoncée. Pour la éniéme
fois, on nous demande "Mais vous êtes vraiment de Marseille
? Vous avez pas l'accent !" C'est vrai qu'aucun de nous n'a
l'accent, sauf Eric dont les fins de phrase chantent un peu. Elle
insiste, la fille éberluée :"C'est pas vrai que
vous êtes de Marseille !" On lui explique qu'en fait
oui, nous sommes de Nogent-sur-Seine mais que Marseille ça
fait mieux. Cédric parle en russe et là, elle n'y
comprend plus rien. Sales culs-terreux !
Pour le report du concert, je laisse la parole à PHILIPPE
MANOEUVRE :
"Clairement, il se passe un truc. Yann dépote des giclées
de lave en fusion, scories incandescentes et électriques
qui..."
Merci Philippe.
Le
concert est pas mal - correct. Elektrolux est plus à l'aise,
semble-t-il, dans un club comme ici, avec un son assez direct, assez
cru. Lo a besoin de plus de trafic sur la grosse caisse, d'une salle
moyenne (on verra demain). C'est drôle de retrouver la frappe
précise d'Eric D, son assise plus lourde -pour Elektrolux,
la batterie sonne autrement avec Manu, pas du tout le même
jeu, beaucoup de charley, de roulements, de finesse.
Ah, et je crois que Xavier a bougé ce soir. Je ne le vois
pas, il est dans mon dos mais il a dû faire un pas de côté
ou quelque chose comme ça parce que tout le monde s'est mis
à hurler.
On ne devait pas jouer fort-pas fort du tout ce qui me contrarie
toujours énormément. Les flics sont venus la veille
; comme un peu partout dans les salles de France. Après les
deux premières chansons, je demande s'ils sont arrivés.
Toujours pas, alors on continue.
Le gars de l'association, celui qui est venu en vélo, me
tend quelques billets après le gig. Je les prends sans trop
marquer le coup, croyant qu'il s'agit des entrées normales
- en fait, il nous offre une rallonge. Quel type bath ! J'aurais
du lui dire merci, tiens.
Il y a un ami de Cédric à Montauban (Cédric
a des amis partout dans le monde. Où que vous alliez, dites
que vous venez de sa part.) Ce gars là, amateur de rock,
éditeur, travaille dans un internat de lycée agricole
et
C'EST LA QU'ON VA DORMIR CE SOIR !
Dans un internat.Dans des rangées de petits lits avec de
jolies armoires.
Je dors à côté de Cédric. C'est assez
marrant. Tous les soirs, je l'entends se mettre à ronfler
parce que je m'endors toujours après lui - et tous les matins,
il me dit qu'il m'a entendu ronfler parce qu'il se réveille
avant.
Fin de soirée dans le foyer de l'internat. C'est surréaliste.
Il y a un baby-foot au milieu de cette grande salle immaculée
et déserte, et quatre rockers s'escriment sur ce baby-foot.
Xavier filme-il doit trouver que ce baby-foot est intéressant.
Les filles sont assises le long du mur, comme pour une boum.
SAMEDI,
Montpellier
29
octobre
(Manu prend la plume)
Un nouveau participant. A vrai dire :
ON NE DEVRAIT JAMAIS QUITTER MONTAUBAN

Un
concert brutal qui fait un peu mal aux bras. La quantité
de sueur, proportionnelle à l'effort, marque encore le matin
le T-shirt noir porté hier soir. L'aube pointe et un jour
nouveau commence. La jeunesse fuit. Reste la mémoire...la
seule chose que l'on a vraiment avant de vieillir tout à
fait. Les pensées sont confuses comme la tarce laissée
par l'encre sur cette feuille. (NDLR : qu’est-ce qu'il a pris
Manu ce matin ? J'en veux !)Dans quelques instants on part pour
Montpellier : Yann est allé au Cyber-café avec Cédric.
Ils cherchent un plan de la ville. Eric et Tom plaisantent sur les
enfants et Tom dit qu'il adore faire pleurer les petits en leur
racontant que le père Noël est mort.
Cédric nous rejoint : il explique qu'il s'est caressé
le sexe en regardant des images prises par Internet. Anus juteux
est le titre d'un des succès qu'il affectionne. Xavier st
pénétré. Il a pris Le Monde à bras-le-corps.
Christelle sourit de toutes ses dents
. Isabelle me dit "dans 10 ans, moi, j'aurais s^purement tout
oublié", puis elle rit fort en tenant son visage dans
ses mains. Maintenant Christelle décide de se rouler une
cigarette à Eric. "J'adore rouler les cigarettes"
dit-elle. Isabelle rit de plus belle. Elle va beaucoup mieux après
un café.
Yann n'est toujours pas revenu du Cybercafé. Pourquoi tarde-t-il
ainsi ? A-t-il trouvé les mêmes sites que Cédric
? "Chicks with Dicks"?
Une interrogation assez profonde : qu'allons-nous manger à
midi ?
Semble-t-il je n'ai rien compris au principe de ce journal.
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